La restitution des terres dans le département d´Antioquia ne constitue pas une priorité pour le président de la Colombie, Juan Manuel Santos

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«L’oubli et le silence sont des conditions aux quelles amènenent la peur d’être à nouveau victime.Ceux et celles qui ont été victimes des violences et des guerres craignent d’être de nouveau victimes : qu’on ne croit pas à leurs paroles, qu’on pense qu’ils mentent ou qu´ils exagèrent, qu’on dise que ce qui leur est arrivé c´est parce qu’ils devaient de quelque chose, qu´ils veulent discréditer le gouvernement actuel ou que avec leurs histoires, ils veulent obtenir quelque chose»(María Teresa Uribe, 2015: 86)[i]

Écrit par María Soledad Betancur

Directrice de l´Observatoire de Droits Humaines du IPC

En 2012 le département d´Antioquia avait 66 des 143 municipalités prioritaires dans les 12 régions de la Colombie où seront mise en œuvre les processus de restitution de  terres dans les populations où se sont produit le plus grand nombre de dépossessions. Antioquia compte deux sous-régions entières parmi les domaines prioritaires: Urabá avec ses 11 municipalités et le Bajo Cauca avec ses six municipalités. De façon incohérente, le 7 Avril 2015, tel que enregistré par les médias dans le pays [ii], Santos a lancé un nouveau plan pour ce qu’il a appelé “accélérer” la restitution des terres, nommé “stratégie 20-15 ” avec laquelle il attend avancer dans la résolution de 24.000 demandes de restitution dans 7 départements: Atlántico, Magdalena, Bolivar, Cesár, Sucre, Cundinamarca, Santander, Caldas et Quindío.

Antioquia n´est pas sur cette nouvelle carte de priorités, alors que 46% de son territoire a été identifié prioritaire lors du ciblage réalisé en 2012. Pourquoi?

Raison de fond : l’Urabá est une région convoitée

Il semble que retourner la terre saisie aux agriculteurs ralentit le projet stratégique que les élites veulent développer á Urabá. Par conséquent, elles préfèrent refuser la restitution, criminaliser et stigmatiser les déracinés de leur propre  territoire. La stratégie de ciblage pour la restitution des terres a été un échec dans l’Urabá et le reste du pays. Les demandeurs de terres et les organisations de la société civile comme l’Instituto Popular de Capacitación (IPC) et Forjando Futuros ont proposé comme  alternative un processus de restitution collective. Cela n’a pas d’écho dans le gouvernement national.

Les organisations de paysans demandeurs de terres à travers le pays sont obligées de revenir dans leurs terres sans l’appui institutionnel en raison de  l’absence de réponse de l’État ou plutôt d´une réponse qui permet aux usurpateurs d’exploiter les biens pillés aux paysans dans les années 90. Les paysans et paysannes ont été dépossédés de leurs terres à sang et à feu dans une alliance criminelle entre les paramilitaires, les institutions de l´État et les entrepreneurs. Ces quatre années de la Loi des Victimes et de Restitution des Terres a seulement servi à démontrer l’ampleur du pillage.

En 2011, selon les données de l´Incoder (Institut Colombien de Développement Rural), la recherche délivrée par l’IPC et Forjando Futuros (Batir un Avenir), 98.292 hectares étaient enregistrées comme abandonnées ou dépouillées dans les 11 municipalités d´Urabá. En2014, le comité de suivi et de surveillance de l’application de la loi 1448 (CSML) a identifié que dans les communes de «l’axe bananier 8110 propriétés sont signalées comme abandonnées correspondant á 160.166 hectares, dont 87.741 sises à la municipalité de Turbo, 33 671ha á la municipalité de Mutatá, 22 487ha  à la municipalité d´Apartado, 10 753 ha à la municipalité de Chigorodó et 5514 ha dans la municipalité de Carepa”. (Voir Commission pour le suivi et la vérification du respect de la loi n ° 1448 de 2011.”Premier rapport au Congrès de la République”, 2014:364)

Quelques jours après avoir enlevé Antioquia des régions prioritaires pour la restitution des terres en avril 20, le président Juan Manuel Santos a exprimé son enthousiasme à partager la célébration des 50 ans de l’Association des producteurs de bananes de Colombie, Augura-[iii ]. Voici certains des engagements qu’il a inclus dans son discours aux entrepreneurs des compagnies bananières :

  • 12 milliards de pesos pour l´irrigation donc des ressources supplémentaires semblent issues d’EPM – Entreprise publique pour les services sanitaires á Antioquia-.
  • La promotion de la politique pour créer une ligne de crédit spéciale, avec des taux d’intérêt bas et des délais larges, en appuie de l’industrie dans la consolidation de ses passifs financiers.
  • «Il convient de souligner que, dans les quatre dernières années, nous avons donné du soutien à l’industrie, des incitations et un financement pour plus de 116 milliards de pesos.” Disait le président Santos.
  • De l’infrastructure qui permettra d’améliorer leur activité dans la région d´une portée d’au moins deux milliards de dollars sur les trois prochaines années.

Mais peut-être ce que montre le litige foncier, sont les deux promesses qui ont clos son discours [iv], la réforme de la loi 160 de 1994 avec l’aide du Groupe des producteurs de Bananes et sortir du processus de restitution des terres les propriétés qui sont en train d´être reprises par les paysans et traduire en justice ceux que le président a appelé les envahisseurs. Voila  pourquoi la Loi des terres inoccupées  est à nouveau à l’examen au Congrès “Projet 2232015» de sorte que celles-ci passent dans les mains des entrepreneurs[v].

Trois notes sur les promesses du président Santos au secteur d´entrepreneurs de la production bananière et sur la non-inclusion d’Antioquia comme territoire de restitution en 2015, ce qui équivaut à rendre invisibles les demandeurs des terres:

1. Quelle est la responsabilité d’au moins une partie importante des producteurs de bananes dans le pillage et la guerre? Raul Emilio Hasbún Mendoza, alias Pedro Bonito ancien commandant paramilitaire, dans le dialogue avec Verdad Abierta [vi], à propos de sa décision de poursuivre en justice la décision du tribunal d’exempter les entrepreneurs bananiers liés à la multinationale Chiquita Brands, a dit que lors de sa comparution devant Justice et Paix il a fourni des listes de contributeur aux AUC (Groupes paramilitaires),dans Uraba, á Antioquia. «Nous avons livré une liste de 270 entrepreneurs de banane, 400 éleveurs du bétail et 4200 marchands qui ont contribué volontairement aux paramilitaires. Aujourd’hui, ces personnes disent que cette contribution a été faite à travers les CONVIVIR (compagnies de sécurité privée) et qu’elles ne savaient pas qu´il s´agissait des groupes paramilitaires. Selon Hasbun, ceci est une mensonge »[vii].

2. La loi 160 de 1994 met des limites à la concentration de la propriété foncière avec les UAF, Unités d’exploitation agricoles familiales; détermine que la répartition des terres vacantes est pour les paysans sans terre, et fait place à des zones de réserve paysanne –ZRC-, figure juridique qui reconnaît aux agriculteurs en tant qu’acteurs, producteurs et propriétaires. Cette loi dérange aux élites du pays particulièrement aux grands éleveurs de bétail et aux entrepreneurs  de la  banane. Allons-nous modifier la loi pour répondre aux intérêts de ceux qui ont concentré le pouvoir et la richesse?

Les agriculteurs du pays y compris ceux d´Urabá commencent à réaliser que la Loi de restitution tel qu´elle est conçue ne va pas garantir l’accès à la terre qui leur a été dépouillée à sang et à  feu. Donc ils retournent à leurs terres sans accompagnement institutionnel, mais ils ont rédigé une proposition d’ordre du jour au gouvernement sur comment devrait se faire la restitution. Plusieurs des agriculteurs qui ont revendiqué leur droit à la terre, ont été tués. Des assassinats se poursuivent parmi les paysans qui se battent pour leurs droits. Sont ceux á qui on nomme envahisseurs? La ré-victimisation ne peut pas venir du gouvernement et de l’Etat. Est-ce ça la paix que le gouvernement veut construire?

Monsieur le Président, sont des agriculteurs qui ont été dépouillés, le solde de la politique devrait être en leur faveur si vous croyez en un État social et démocratique de droit au lieu de faire des lois pour favoriser les grandes entreprises. Pouvez-vous imaginer comment le pays pourrait avancer si une partie des ressources allouées aux grandes entreprises sont livrés aux paysans déracinés?


[i] Uribe, María Teresa (2015). Estado y Sociedad frente a las víctimas de la violencia. En La voz dulce de la verdad amarga. Universidad de Antioquia.

[iii] Palabras del Presidente Juan Manuel Santos en la celebración de los 50 años de Augura. Abril 20 de 2015. Disponible en :  http://wp.presidencia.gov.co/Noticias/2015/Abril/Paginas/20150420_09-Palabras-Presidente-Juan-Manuel-Santos-celebracion-50-de-Augura.aspx

[Iv] “Enfin, un élément fondamental pour la consolidation et le renforcement du secteur de l´industrie du banane est un lien avec la terre, une question à laquelle je sais que vous êtes très attentifs … Nous nous engageons à l’analyse des mécanismes nécessaires à la réforme de la Loi 160 et souhaitons le faire avec l’aide de l’union d´entrepreneurs du banane … le système de la propriété privée, ne sera en aucun cas affecté… aucun propriétaire légitime et de plein droit ne sera  exproprié ou affecté en quelque sorte … En outre, ils disent qu’il y a des envahisseurs des certains qui veulent que ces terres rentrent dans le processus de restitution  … Monsieur le ministre (de l’Agriculture, Aurelio Iragorri) et M. surintendant (enregistrement et de notaires), monsieur (Jorge Enrique) Velez,  Je vais vous demander  ceci, la terre qui soit  envahie,  nous la sortiront automatiquement du processus et  les responsables seront traduit en justice … Et que ce soit clair pour éviter que par  la voie de la mauvaise foi   la terre soit enlevé à leurs propriétaires légitimes ou soit annexé au processus de restitution. ”

[v] Denuncian proyecto de ley de baldíos que buscaría favorecer “gran capital” en lugar de campesinos. Abril 22 de 2015. Disponible en: http://www.elespectador.com/noticias/nacional/denuncian-proyecto-de-ley-de-baldios-buscaria-favorecer-articulo-556546

[vi]http://www.verdadabierta.com/otros-negocios-criminales/3952-ex-paramilitar-protesta-por-preclusion-a-favor-de-bananeros. 27 de marzo de 2012.

[vii] S.F. “Revocan medida de aseguramiento a Guillermo Gaviria”, en Verdad Abierta [Portal en Internet], disponible en sitio Web: http://www.verdadabierta.com/las-victimas/index.php?option=com_content&id=4005

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